(Faire) consentir, de la règle à la lettre. À propos du nouvel esprit de l’éthique
Qui, sinon quoi, nous presse de rechercher le consentement de nos enquêtés ? À quoi ? Qui doit consentir et comment ? Quels terrains, objets, résultats y sont plus ou moins ou pas du tout accueillants ? En revisitant notre participation à une recherche britannico-française, cet article saisit le consentement comme révélateur de l’entreprise de régulation de la recherche menée au nom de l’éthique. Son objectif est d’en renseigner la consistance et ses effets sur nos travaux. Pour ce faire, il croise une analyse de son équipement réglementaire (des conditionnalités de financement et « guides éthiques » formalisés par le bailleur au « consent form » soumis aux enquêtés) et de notre expérience de ce canevas dans plusieurs situations d’enquête (entretiens, observations) et à différentes étapes de la recherche (de la traduction du « consent form » à l’analyse des premiers résultats). Il montre qu’en agrégeant des domaines variés de la prévention des délits/promotion de la vertu, cette codification retient une conception maximaliste du consentement libre (formel, informé, protecteur, révisable à tout moment) réputé garantir une recherche éthique. Il analyse la manière dont ces strates hétérogènes rentrent en tension les unes avec les autres, avec l’enquête de terrain mais aussi – de façon plus essentielle – avec tout ou partie du raisonnement sociologique lui-même. Pour finir, il s’efforce de saisir, avec la multiplicité des rôles attendus du chercheur, le portrait de ce nouvel esprit de l’éthique. Il espère ainsi convaincre que cette régulation tend à encourager une recherche fragile, sur le plan éthique comme scientifique, et contribuer à alimenter la réflexivité collective sur ces enjeux.
- éthique
- consentement
- consent form
- régulation
- sociologie des élites
- sociologie de la connaissance